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Le Dalaï-Lamalumière du Bouddhismepar Jordan Keaton |
Il y a quelques années, le Dalaï Lama avait annoncé qu’il viendrait régulièrement en France (tous les 3 ans) pour donner un enseignement suivi sur la voie du Dharma. Après Toulouse et Grenoble, c’est au Caylar, hameau du plateau du Larzac, que le chef spirituel et temporel des Tibétains est venu donner ses conférences en Octobre.
Accueillir en rase campagne huit milles personnes par jour pendant cinq jours relève des travaux d’Hercule mais il en faut encore plus pour décourager les associations de bouddhistes qui ont travaillé d’arrache pied pendant des mois pour l’occasion.
Il a fallu trouver un terrain plat suffisamment grand, penser aux parkings, aux navettes pour acheminer les visiteurs, trouver un système de traduction simultanée en 5 langues, pouvoir nourrir huit milles personnes en 1 heure, assurer la sécurité, prévoir une grande garderie, une poste, une superette (pour les campeurs qui colorent de tentes igloo les jachères environnantes), les sanisettes, les gendarmes (d’habitude plus prompt à harceler les communautés spirituelles qu’à les protéger), la Croix-Rouge pour les évanouis.... bref, il a fallu plus que de la bonne volonté.
Et le pari fût réussi. Malgré la violente tempête qui a mis à mal les chapiteaux, transformant le champs en bourbier, les visiteurs sont bien là. En majorité des français (70%) mais aussi beaucoup d’étrangers (30%) venus de 21 pays du monde entier, c’est un public très hétéroclite qui se presse vers la tente centrale. Tibétains, lamas occidentaux, babacools, familles d’agriculteurs des environs venus voir l’évènement, jeunes en tenus bariolés, couples de retraités très chics... tous sont plus que curieux et donnent l’impression d’avoir vraiment besoin de sagesse. En attendant le début des conférences, quelques adeptes méditent déjà au pied des tentes. Il est vrai que le spectacle est inspirant : des milliers de personnes dans leurs plus beaux atours pantominent désespérément pour ne pas se salir et surtout pour essayer de ne pas s’étaler. “Bouddha a dit ‘plus profonde est la boue, plus belle est la fleur’ ” commente très sérieusement un jeune bouddhiste.
Depuis le début de la matinée, les haut-parleurs ont crachoté plusieurs messages contradictoires. “Sogyal Rimpoché remplacera le Dalaï Lama”, “début de la conférence à 10h00”. C’est finalement Sa Sainteté lui-même qui prendra la parole à 11h30. “L’impermanence...” me rappelle une bénévole.
Nous
entrons finalement dans la tente centrale. La décoration est superbe : sur une
estrade pourpre, le trône doré du Dalaï Lama est couvert d’un drap orange et
surmonté d’une frise représentant des démons. De chaque côté, des zafus pour
les invités (dont un
Richard
Gere studieux, qui prendra des notes tout au long
des conférences). Devant l’estrade, un grand espace central est réservé aux
places sans chaise. En moins d’une demi heure, sa salle est pleine à craquer.
Sa Sainteté arrive enfin, et salue ses invités, se prosterne devant le trône
puis y grimpe lestement. De nombreuses personnes le saluent à leur tour, en se
prosternant trois fois.
L’assemblée est toute ouïe. A côté de moi, un couple de vieux tibétains ont la
larme à l’oeil. L’émotion est palpable.
En se balançant légèrement, le Dalaï Lama prononce ses premiers mots traduits
ensuite par Matthieu Ricard :
“Je me suis incliné devant ce trône car les paroles du bouddha sont au dessus de moi. Je suis un simple moine qui cherche son chemin à tâtons et peut-être êtes-vous plus avancé que moi et pourriez me donner une bénédiction. (Rires de la salle incrédule)”
“Je ne suis pas un pratiquant exceptionnel, mais j’ai fait de mon mieux. J’ai une connaissance expérimentale des mécanismes du bonheur et de la souffrance. Mon intention n’est pas de propager le bouddhisme mais de partager avec vous quelque chose qui peut vous être utile.”
“Toutes les traditions peuvent vous offrir une discipline personnelle et ont comme point commun de conseiller la modération des désirs.”
“Je suis inquiet d’inviter les occidentaux à suivre le bouddhisme, c’est plus risqué et je pense qu’il est préférable de conserver votre tradition.”
“Il y a deux aspects dans une religion: l’aspect métaphysique et l’aspect pratique. Ce deuxième aspect, celui du travail sur soi pour devenir un meilleur être humain, est commun à toutes les religions et fait l’unité des confessions.”
“Par contre, on trouve de grandes différences en ce qui concerne l’aspect métaphysique des religions, parfois même à l’intérieur d’une même religion.”
“Bien sûr, selon votre nature, une religion nous convient mieux qu’une autre mais ce n’est pas pour ça qu’elle est supérieure à une autre en ce qui concerne l’aspect pratique des choses. Mais il est nécessaire d’établir une hiérarchie des métaphysiques des religions. Car certaines sont plus beaucoup plus profondes que d’autres.”
“Nous devons avoir la conviction que le chemin que nous suivons mène à la vérité ultime pour nous. Et apprendre à concilier cette contradiction : cette voie est la vérité ultime pour moi, la voie que suit mon voisin mène également à la vérité ultime pour lui.”
“Je respecte toutes les religions. Toutes apportent de grands bienfaits et encouragent les hommes à devenir meilleurs.”
Pendant ces 5 jours, le Dalaï lama donnera un éclairage sur la voie du Dharma à un public attentif et recueilli qui apprendra comment “Penser globalement et agir localement”. Après deux conférences publiques, le Prix Nobel de la paix sera reçu au Sénat à l’invitation du Groupe sénatorial d’information sur le Tibet, reconnu en Mars dernier par les sénateurs (voir encadré ci-dessous).
Espérons que cette visite auprès des politiciens
aura des effets réels et positifs sur l’attitude de la Chine.
L’ENFANT
VOLE DU TIBET Non, ce n’est pas un titre de film. Pourtant cette histoire tient du mauvais rêve. En mai 1995, un garçon de six ans est identifié par le Dalaï Lama comme XIème Panchen Lama, second dirigeant du bouddhisme tibétain. Il disparaît peu de temps après avec toute sa famille sans laisser de trace. Un an après, les autorités chinoises reconnaissent le détenir en résidence surveillée. A ce jour, aucune organisation internationale, association humanitaire ni même les Nations Unies n’ont pu le revoir. Sa situation demeure inconnue. C’est le plus jeune prisonnier politique de toute l’histoire du monde. |
LE PEUPLE ET LA CULTURE TIBETAINE EXTERMINES
Dans un discours célébrant le 41ème anniversaire du soulèvement du peuple tibétain, le Dalaï Lama fait un triste bilan de la situation.
“C'est
avec une grande tristesse qu'il me faut vous faire savoir que, ces dernières
années, la situation des droits de l'homme au Tibet a pris un tour critique.
La campagne "Frappez fort " et celle dite de "rééducation patriotique",
campagnes menées contre la religion et le patriotisme tibétains, se sont
intensifiées d'année en année.
“Dans certains domaines de la vie quotidienne, nous constatons le retour à une
atmosphère d'intimidation, de coercition et de peur, qui rappelle le temps de
la Révolution Culturelle. En la seule année 1999, six cas de morts sous la
torture et de mauvais traitements ont été recensés. Au total, les autorités
ont chassé de leurs monastères et de leurs couvents 1432 moines et nonnes qui
avaient refusé de déclarer leur opposition à un Tibet libre ou de dénoncer ma
personne. On compte, au Tibet, 615 prisonniers politiques reconnus et
recensés. Depuis 1996, 11 409 moines et nonnes ont été expulsés de leurs lieux
de culte et d'étude. A l'évidence, si l'on se réfère à l'objectif politique
impitoyable qu'avait imposé la Chine au commencement des années soixante, il
ne s'est produit que peu de changements au Tibet. C'est l'époque où le dernier
Panchen Lama qui depuis les années cinquante jusqu'au début des années
soixante avait été personnellement témoin de l'occupation du Tibet par la
Chine communiste, écrivit sa fameuse pétition en 70 000 caractères. Même
aujourd'hui, la jeune réincarnation du Panchen Lama est quasi assignée à
résidence, ce qui fait de lui le plus jeune prisonnier politique du monde.
Cela me préoccupe profondément.”
“Le fait le plus alarmant actuellement au Tibet est la marée de colons chinois qui continuent d'arriver pour profiter de l'ouverture du Tibet au capitalisme marchand. En corollaire, s'installent la prostitution, une maladie qui prend de plus en plus d'ampleur, le jeu et les bars à karaoké, indirectement encouragés par les autorités, ce qui sape dans leur fondement même les normes sociales et les valeurs morales du peuple tibétain. Plus efficace que l'emploi de la force brute, cette politique a réussi à faire que les populations tibétaines, en en réduisant le nombre, ne représentent plus qu'une simple minorité dans leur propre pays et qu'elles deviennent étrangères à leurs croyances et leurs valeurs traditionnelles.”
“Cette triste situation dans laquelle se trouve plongé le Tibet n'allège en rien les souffrances de son peuple et n'apporte ni stabilité, ni unité à la République Populaire de Chine. Si, pour la Chine, la question de son unité est une question sérieuse, elle doit tout tenter honnêtement pour gagner à cette cause le coeur des Tibétains et ne pas essayer de le faire en leur imposant sa volonté. Il revient à ceux qui détiennent le pouvoir, qui dirigent et gouvernent, s'ils veulent prévenir toute volonté séparatiste, de garantir à toutes les minorités ethniques que la politique qu'ils conduisent se fonde sur l'égalité et la justice. Même si les mensonges et les contre-vérités peuvent un temps abuser les gens et si l'on peut imposer sa loi aux hommes par la force, ce n'est que par une compréhension, une impartialité et un respect mutuel approprié que l'on peut véritablement obtenir leur adhésion et satisfaire leur attente.”
“Les autorités chinoises voient dans la spécificité de la culture et de la religion du Tibet la principale cause de séparatisme. C'est pourquoi elles tentent de détruire ce qui fait l'essence même de la civilisation et de l'identité tibétaines. Instaurer de nouvelles mesures de restrictions dans les domaines de la culture, de la religion et de l'éducation tandis que l'afflux des immigrants chinois au Tibet ne diminue pas, équivaut à imposer une politique de génocide culturel.”
[...]
“Je me suis constamment efforcé de trouver au problème tibétain une solution pacifique qui soit mutuellement acceptable. Cette approche prévoit que le Tibet jouisse, à l'intérieur de la structure de la République Populaire de Chine d'une réelle autonomie. Une pareille solution qui présente des avantages réciproques contribuerait à la stabilité et à l'unité de la Chine - ses deux plus importantes priorités - tandis que dans le même temps, les Tibétains seraient assurés qu'est respecté leur droit fondamental à la préservation de leur propre civilisation et à la protection de l'environnement fragile du Plateau Tibétain.”
“N'ayant
toujours pas reçu de réponse positive du gouvernement chinois aux ouvertures
que je fais depuis des années, je n'ai plus d'autre alternative que d'en
appeler aux membres de la communauté internationale. Il est clair maintenant
que seuls des efforts internationaux intensifiés et concertés persuaderont
Pékin de modifier sa politique au Tibet. Malgré les réactions immédiates
négatives qui nous viennent du côté chinois, je crois fortement que si l'on
veut créer un environnement qui aboutisse à une solution pacifique du problème
tibétain, il est essentiel que le concert des nations s'exprime sur l'intérêt
et le soutien qu'il porte à notre cause. Quant à moi, je confirme mon
engagement dans le processus du dialogue. Ma ferme conviction demeure que le
dialogue ainsi qu'une volonté de regarder avec honnêteté et clarté la réalité
du Tibet peuvent nous conduire à une solution viable.”
[...]
POUR AGIR DANS LE MONDE : International Campaign for Tibet Groupe d’intérêt public de promotion des droits de l’homme et du droit à l’autodétermination du Peuple tibétain. Mène une grande campagne ininterrompue pour la libération du Panchen Lama, l’enfant volé par la Chine. A l’avantage d’agir internationalement et de compter Richard Gere comme membre actif. ICTE Tel : 00.31.20.3308265
POUR AGIR EN SOI : Institut Tibétain de Montpellier Lors de son passage, le Dalaï Lama est venu bénir le plus ancien centre bouddhiste tibétain de France. Fondé en 1975 et parrainé par Kalou Rimpoché, il a été construit selon les techniques traditionnelles. Il est dirigé depuis 1989 par Lama Seunam Tsering et propose tout au long de l’année des activités d’étude et de méditation. Kagyu Rintchen Tcheu Ling Tel : 04.67.52.56.58 - Fax : 04.67.52.93.72
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